Lys blanc
 « L’entrée baigne dans la lumière blanche.

– Bonjour Madame Inès, comment allez-vous, cela me fait plaisir de vous revoir ?

– Très bien, je vous remercie. J’ai pu m’échapper de Paris et je voulais prendre des nouvelles de nos jeunes pensionnaires. »

Chapitre flash-back. Le seul de l’histoire.

Je voulais une rupture avec le noir de Jouland, et écrire « blanc ».

J’ai vu une jeune femme avec l’innocence d’un ange tombé un matin sur Jouland et ses démons. Le hasard est malin. Son chemin devait passer par ce banc. Un peu comme « la vie est belle », le film de Capra que j’adore, quand James Steward, au bout du rouleau, imbibé d’alcool, est décidé à se laisser aller du haut d’un pont. Mais cet ange-là n’est pas un vieil homme…

Inès se rend à la clinique dans laquelle elle console et apporte sa gentillesse aux jeunes victimes d’un ou plusieurs détraqués qui en voulaient à leur innocence. Le hall est blanc, le bouquet de lys est blanc, on y boit de l’eau fraîche et pas des boissons ambrées. Le bureau du docteur est inondé d’une lumière vive et décoré d’une colombe, immaculée elle aussi. Les pages les plus lumineuses du livre, assez irréelles, un havre de paix entre les chapitres durs et irritants. Une accalmie de la tempête dans laquelle Jouland baigne, quand le vent s’arrête brusquement et que le ciel semble reprendre son souffle. A-t-on rêvé, est-ce définitivement fini, ou est-ce juste un leurre. Pas un bruit, tout a été aspiré par une puissance supérieure. Le vide avant le deuxième passage de l’ouragan, décidé à tout arracher sur son passage. Un vide effrayant. Il approche.

Inès ne veut déranger personne et préfère prendre un petit hôtel pas loin. Mais le destin avait décidé de lui jouer des surprises. Jusqu’à présent sa vie était un assemblage enfantin de Lego et de boîtes bien rangées, qu’une rencontre sur un banc avait chamboulées. Jouland a involontairement joué aux « casse-boîtes » avec sa vie, lui qui ne demandait rien, ne voulait rien, surtout pas emmerder les autres. « M’allonger sur l’asphalte et me laisser mourir ». Son monde était stone.

Inès souhaitait son avis et lui avait donné rendez-vous pour qu’il rencontre ces petites, pour le mettre face à une situation qu’elle ne comprenait pas mais que lui ancien flic pouvait analyser pour leur donner de bons conseils. Je ne pense pas qu’elle soit tombée amoureuse de Sébastien comme elle aimait l’appeler, elle ressentait plutôt une tendresse naissante pour ce mec bourru et blasé. En avait fait son ami, et on demande conseil à un ami.

De son côté Jouland avait magnifié cette main tendue, certainement la première charitable et à la voix si douce. L’oreille de l’aveugle avait transmis au cerveau embrumé des sentiments forts, l’espoir étant à la mesure de la profondeur de sa déchéance.

Mais il était déjà trop tard. Jouland était maudit. La tempête avait pris le dessus.

L’hôtel des Geais dans lequel Inès avait prévu de séjournée a pris le nom d’un bel oiseau très coloré, souvent considéré comme la sentinelle de la forêt, parfois surnommé l’oiseau moqueur. Je n’ai trouvé aucune explication à cela. Peut-être inconsciemment un lien avec un séjour en montagne quand j’étais enfant, dans la station des Gets. En fermant les yeux je peux toujours sentir l’odeur du petit déjeuner et des grosses tartines que l’on dévorait en regardant la neige au dehors. Encore du blanc. Un autre flash-back.

Question soudaine. Pourquoi deux oiseaux dans ce court chapitre, il n’y en a pas ailleurs ?

Colombe Picasso
3 réponses
  1. Nat
    Nat dit :

    Telle qu’elle est décrite ici, Inès semble en fait une allégorie plus qu’un véritable protagoniste. ‘Un ange’, sans visage et sans corps bien sûr car comment pourrait-il la décrire, lui qui vit désormais dans les ténèbres? à travers ces commentaires elle apparaît presque comme cette lumière blanche que certains ‘revenus d’entre les morts’ rapportent. Inès a-t-elle réellement existé dans la vie de Jouland ? N’est-elle pas elle même le fruit de son imagination, l’expression d’une dernière pulsion de vie avant de tout lâcher, pulsion qui ramène Jouland parmi les vivants presque malgré lui ? Alors forcément, lorsque lui commence à reprendre pied dans ce monde, elle ne peut que s’effacer…

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    • brunocolinauteur
      brunocolinauteur dit :

      Belle interprétation, merci. Effectivement Inès n’a fait que traverser la vie de Jouland comme un rayon de lumière très lumineux. Autant sa fin est brutale, autant elle ne m’a jamais rendu triste, bien au contraire. Sa mission était accomplie, et son sourire toujours là. D’ailleurs, n’était-elle pas anesthésiste, celle qui endort mais surtout qui réveille…

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  2. Nat
    Nat dit :

    c’est peut-être d’ailleurs ce qu’exprime ce regard à la fois pur, doux et mélancolique du croquis… l’impossibilité de leur relation, de la rencontre entre le réel et l’irréel, le sacrifice de l’ange au profit de ce corps abîmé mais qui a encore tant à donner ?

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