Un dimanche soir, je m’en souviens bien à l’heure où je vous écris, j’attendais le train de retour de province. Un week-end douloureux, temps maussade dedans comme dehors. Un hall de gare sans âme, une heure de banc, un café tiède gobelet carton pour compagnon. Nous avons tous vécu ces moments de solitude. Sur le clavier de mon mobile je me suis mis à écrire des verbes, sans queue ni tête. Une source de mots qui jaillissaient, et l’eau de cette source me faisait un bien fou. Puis les vieux réflexes des bancs d’école sont venus à la rescousse des mots. Je suis, tu es, il est, nous sommes, vous êtes et ils sont.

Des dizaines d’années après cette scolaire conjugaison, que sont devenus ces sons appris par cœur ? Quel sens ma vie leur a donné ? Je n’en savais finalement rien. Comment allais-je nourrir les verbes aimer, donner, recevoir… ?

Assis à la place 53 wagon 15 j’ai ouvert le clavier de mon portable et les je-tu-il-nous-vous-ils se sont mis à danser. Je me suis pris au jeu, tel un gamin qui faisait ses gammes et j’ai conjugué jour et nuit jusqu’à divaguer. J’en ai sélectionné une centaine, au hasard de mes pensées les plus noires ou les plus gaies, sarcastiques, humoristiques, enfantines ou absurdes. Un pêle-mêle émotionnel.

Conjugaisons était né, ou plutôt va bientôt naître pour vous, les derniers détails restent à peaufiner. Un peu de patience !

Ce n’est pas tout à fait de la poésie ni de la philosophie, simplement quelques réflexions du moment qu’il faut prendre telles quelles. À la relecture de celles-ci j’ai été parfois tenté de changer l’ambiance de certains verbes, d’arrondir les angles, d’être plus doux, ou plus féroce. Et ensuite je me suis ravisé. C’est un exercice à chaud, qui se mange comme un petit pain à la sortie du four. Il est toujours possible de faire mieux. Chaque verbe peut être manipulé, trituré comme bon vous l’entendez, c’est ce qui fait la beauté de notre langue.

Je vous les livrerai donc « brut de fonderie », dans toutes leurs instantanéités et aussi leurs imprécisions. Bien entendu elles n’engagent que son auteur, et le il se transforme en elle à votre guise, le masculin n’a aucune prétention par rapport au féminin.

Comme le bon vin, elles sont à consommer avec modération. Et si ce recueil était justement un vin, je le qualifierai de « nature », sans filtre ni additif.

A votre tour de vous amuser.

Parents

Dimanche 11 Fevrier 2018

"Nous croyons en nos parents jusqu’à le devenir."
0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Smart Side Of The Moon 2017

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer