Patchwork de trottoirs

“Réa a dix ans, elle est impatience de sortir de l’école.

Les vacances de février sont oubliées, la semaine de ski avec papa-maman et petite sœur Margaux est déjà rangée dans les souvenirs. Elle rejoint en courant ses copines qui étaient sur le trottoir.”

Chapitre important, qui présente une bonne partie des protagonistes du roman et qui se passe sur le bitume parisien.

Dans mon process créatif (… mes idées plus simplement) je préfère imaginer les personnages, les sentir, les dessiner mentalement avant de les plonger dans le bain de l’action. L’intrigue vient ensuite. J’ai besoin de voir les têtes, de construire une ébauche de caractère qui va ensuite prendre plus de relief. Allez, un petit verre à la santé du process…

Réa a dix ans et va à l’école près du Luxembourg. Les lecteurs qui me connaissent peuvent voir ici un lien immédiat avec des personnes qui me sont chères, bien qu’aucune de mes filles ne se prénomme ainsi. Mais ce son résonne particulièrement à mon oreille. J’ai reproduit ici le même schéma créatif que Gabriel, que vous avez (ou allez) découvert plus loin dans les chapitres.

La crainte d’un père est de laisser sa nouvelle préadolescente aller seule à l’école. Les passages piétons et les scooters de livraison un peu réticents aux feux rouges, les taxis électriques qui ne font pas plus de bruit qu’un pet de coléoptère, les copines de l’autre côté du boulevard qui font signe, autant d’insignifiants facteurs de « trottoirs » qui perturbe la jeune élève fière comme un acteur allant chercher sa palme sur la scène de Cannes et qui ne voit pas les embûches. Que celui qui n’a jamais eu cette petite boule au ventre me jette le premier caillou, pas trop fort, des fois que j’ai tort.

J’en profite pour râler sur les sacs à dos aussi lourds qu’un sac de pierre au bagne de Cayenne que se coltinent tous les jours écoliers et lycéens. Nous sommes dans un monde digital, et il faut néanmoins trimbaler tous les matins l’équivalent papier de trois chênes de la forêt de Brocéliande. Ami de l’écologie et de la scoliose, bonjour !

Pendant ce temps, un mec mate les ados. Lui aussi a son importance. Il est transparent, invisible, limite hologramme. Comme ces mannequins peints de la tête aux pieds et qui se confondent avec l’étal de légumes derrière eux. Il est rusé le lascar… et psychologue. On a envie de lui dire « circulez, ya rien à voir », mais les bancs sont pour tout le monde, au-delà des amoureux, clodos et glandus du matin.

bancs publics

Ange a un gros cœur et un gros cul, elle est bien équilibrée donc. Une frimousse sympa, pas vulgaire du tout. On en voit tellement de ces caricatures de femmes, peintes à la truelle, qui vendent un bout de plaisir aux couilles trop pleines, aux solitaires qui en ont marre de se taper Youporn seuls dans les chiottes, aux amochés de la vie et de la gueule, parfois aux pervers pépères comme les croquait si bien le trop vite disparu Gotlib. Plus de « fluide glacial », mais une sécrétion à 37°.

Elle rêve Ange (les anges rêvent-ils d’ailleurs ?) d’un monde où les fiancés ont la gueule de Bebel jeune (ou de Jean Dujardin, Alain Delon et autres Bob Pattinson), roulent en Maserati rouge parce que c’est italien, moins tape à l’œil que Ferrari, et que le rouge quand même, ça claque.