Patchwork de trottoirs

PEUT-ÊTRE

Un soir. Tard. Comme chaque soir.
L’homme est appuyé contre l’angle de la porte cochère et fume une cigarette.
Il n’a pas d’âge. Il n’attend personne.
La lumière vive produite à chaque bouffée se réfléchit à peine dans les yeux absents.
Il regarde au loin un horizon improbable, occulté par la fine brume qui recouvre Paris.

Les mains sont larges, des mains de bâtisseurs. Que j’imagine blanchies à vie par le ciment des murs qu’il construit et déconstruit.
Sous le fin blouson les épaules sont solides. Réconfortantes. A-t-il des enfants ? Les fait-il sauter en l’air pour toucher le ciel et les étoiles ? Et sa femme ? Est-elle ici, là-bas ? Est-il au moins attendu ?

La tête est rasée de près et brille dans le noir, la fine moustache bien lustrée.
Comment vit-il ? Je ne sais rien de lui.
Mon voisin.
Je n’ose lui parler.
Et pourtant chaque soir il fume la même cigarette, fixe le même horizon.
Demain je le saluerai. Peut-être.

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